Word Art (1)

Un article directement inspiré de discutions avec mes collègues, mes proches et de mes lectures des dernières semaines.

Le bio, l’écologie, la consommation durable… autant de mots bien passés dans le langage courant. Impossible de rater les rayons bios au supermarché classique. Les magasins bio s’ouvrent à tout va. Pas un magazine ou un journal qui n’écrive pas sur le sujet. Et que dire des réseaux sociaux ? « Tout le monde il est Bio, tout le monde il est gentil » pour reprendre l’éditorial d’Olivier Delcroix du Figaroscope.

Mon sentiment est pourtant contrasté.

La bonne nouvelle : la préservation de la planète devient un thème grand public. La mauvaise : beaucoup de désinformation, parfois y compris de journalistes qui mélangent faits et opinions personnelles. Résultat : beaucoup de personnes sont perdues, se réfugient dans des comportements anti-culpabilité avec des impacts au mieux inexistants mais parfois négatifs pour leur santé comme la planète.

Comme le dit Frédéric Denhez, « en France il existe autant d’idées du Bio que de citoyens en âge de vider un lave-vaisselle. Comme « éco » ou « durable », « Bio » est devenu un mot valise dans lequel on range ce qui nous arrange. Une nouvelle vache sacrée ».

Petite sélection des idées reçues entendues autour de moi

1.  « Manger bio, c’est bien »

Malheureusement le logo Bio n’est qu’un label comme les autres (A quel sigle se vouer ?) avec ses qualités et ses défauts. Ainsi un produit dit Bio peut venir de France, de la Communauté Européenne voire de zones plus lointaines ou même des trois si c’est un produit transformé !

Or, chaque pays applique ses propres normes de Bio. Quitte à y inclure une bonne dose de pesticides et / ou d’engrais… Sans parler des importations produits en contre saison, cueillis avant maturité, réfrigérés… impact carbone catastrophique?

Et que dire des produits Bio à l’huile de palme ou remplis de sucres ajoutés…

👉 Privilégier les produits bios made in France et bien sûr de préférence les matières brutes aux matières transformées. Pour les fruits et légumes, l’AMAP est souvent une bonne solution pour lier bio et impact carbone.

👉 « le bon produit, la bonne saison, la bonne cuisson »

2. « le Bio c’est cher »

En France, la culture du prix bas est incontournable. Héritage qui prend ses racines dans l’après-guerre et la peur panique de l’inflation. Résultat : le seul objectif paraît être le prix le plus bas, le bio n’est pas épargné. Pourtant, un des objectifs du bio est aussi de mieux rémunérer les agriculteurs . Alors quand les grandes surfaces misent sur les importations bios venant de l’autre côté de la planète pour maintenir les prix bas, c’est contre-nature.

👉 En achetant des produits de saison, des produits bruts et en privilégiant les circuits courts, ce n’est pas toujours plus cher de manger bio. Et si on a la chance de ne pas être contraint par son budget alimentaire, est-ce vraiment un problème de payer plus pour plus de qualité et soutenir un mode d’agriculture ? Voyons cet argent comme une sorte de mécénat 🙂

3. « De toute façon, tout est pollué même le Bio »

Malheureusement, l’impact des activités humaines : habitat, industrie, chimie, agriculture, le transport… est tellement fort qu’aucune zone n’est épargnée sur terre comme en mer. C’est tout le paradoxe des écosystèmes dévastés qui sont souvent meilleurs en ville qu’en zone rurale.

Alors oui, aucun produit Bio (ou presque) ne peut pas être garanti 100% sans traces d’engrais, de pesticides, de micro-plastiques. Est-ce une raison pour ne rien faire et maintenir une agriculture chimique (quitte à s’empoisonner) ? Chaque hectare « rendu » à la permaculture permet de gagner (source Sciences & Vie). Ça vaut le coup de développer et soutenir la culture Bio non ?

👉 Pensez à végétaliser votre environnement : en ville, à la campagne, au travail. Aidons au maintien des écosystèmes !

👉 Stop aux déchets et au plastique qui souillent terres et eaux.

4. Le combat Bio est décrédibilisé par ses militants « dictateurs du frigo »

Il n’est pas toujours simple d’entre que notre mode de vie est à revoir complètement. D’où le rejet et l’accusation « les dictateurs du frigo ». Plutôt paradoxal quand on sait que le mode de vie actuel est principalement dicté par le marketing pour pousser à la sur-consommation : alimentation contre-saison, diktat du supermarché, collections « capsules »…

Le culte de l’objet avant le respect des personnes et des êtres vivants qui participent à l’élaboration de cette chaîne alimentaire. Comment fermer les yeux sur le travail des enfants dans les fermes de cacao (voir article défi) ? Sur les conditions de travail dans les usines de textiles au bout du monde ? Sur les conditions des animaux dans les élevages / transports / abattoirs ? Sachant que les alternatives ne demandent qu’à prendre la place.

5. « Le Bio c’est un truc de bobo »

Étonnement en France, dès que l’écologie est abordée, elle est vite rattrapée par la dimension politique et est identifiée comme un thème de gauche. À l’inverse, le capitalisme à tout va et l’hyper-consommation sont surtout marquées à droite. Pourtant, l’écologie et de la défense de la planète relèvent surtout du bon sens. J’ose même dire que c’est une « gestion en bon père de famille » puisqu’il s’agit de faire fructifier à long terme plutôt que dilapider.

De plus, il existe tout un écosystème depuis l’association jusqu’à des entreprises en passant par les coopératives. Sans doute leur point commun est de montrer plus de bienveillance et de respect. Mais est-ce une valeur politique ou tout simplement des valeurs nécessaires à la vie en collectivité ?

Et quand bien même, des ONG et des associations expriment des idées politiques différentes, faut-il se boucher les oreilles ? Personnellement, j’ai choisi de garder les Yeux Ouverts car il me paraît important de défendre et d’entretenir le débat. Je réalise aussi la confrontation permet des avancées plus rapides plutôt qu’un perpétuel consensus (mou).

👉 Soutenir les lanceurs d’alerte, ONG ou associations, en relayant leurs informations, signant les pétitions ou les finançant

6. « C’est plus simple de ne rien faire » avec sa variante « je n’ai pas le temps »

Chaque pas compte, vraiment. Déjà s’intéresser, lire, écouter, se documenter. Ouvrir les Yeux est une étape primordiale. C’est bien notre objectif avec C.A.L.Y.O. : donner des pistes, simplifier et rendre accessible un maximum d’informations (pertinente). Et voilà pourquoi nous explorons des sujets à priori très différents. Prendre soin de la planète nécessite de regarder dans toutes les directions, y compris vers celles qui ne sont pas les nôtres.

👉 Abonnez-vous à notre page Facebook et invitez vos proches à Ouvrir Les Yeux

7. « On tape toujours sur les mêmes. À quoi bon faire des efforts chez soi quand les industries polluent mille fois plus »

Le syndrome de la « supériorité écologique »

Evidemment la préservation de notre planète est un sujet fortement plus complexe. Il englobe à la fois l’agriculture, la gestion des espaces et de l’habitat, l’industrie, l’alimentation, la gestion des réseaux (électricité, gaz, eaux…), les transports, les infrastructures, la gestion des déchets… La prise de conscience doit être générale. Aussi bien individuelle que collective afin d’essaimer dans chaque ministère, chaque collectivité locale, chaque entreprise, chaque association pour entrer en résonance.

👉 Faites le colibri : faites votre part et montrez l’exemple à vos voisins, vos parents, vos enfants, vos collègues, votre Maire, votre député… Il y a tant de moyens désormais pour communiquer et porter le message 😊

7 idées reçues et 8 mots de conclusion : du bon sens, du respect, de la bienveillance !

Sources :
Paris en mode Bio – Lefigaroscope du 18 avril
Le Bio au risque de se perdre,  Frédéric Denhez, édition Bucher-Chastel, 2018